Étrangères à la terre
Musée de Rimouski, Rimouski, 29 janvier — 29 mars 2026
Commissariat par Annabelle Francoeur
L’exposition Étrangères à la terre de l’artiste Camille Lescarbeau s’ancre dans une double interrogation : comment tisser une présence au monde qui échappe à la logique de l’utilité, et comment habiter la Terre sans la réduire à l’appropriation. L’artiste propose un regard renouvelé sur notre rapport au vivant, une invitation à adopter la posture d’étrangère, celle qui permet l’attention et le soin à ce qui ne nous appartient pas.
La démarche de Camille Lescarbeau repose sur une proximité lente, sur le retour au geste manuel et sur l’humilité du faire. C’est à partir de fils de couture transmis par les femmes de sa famille qu’elle façonne ses œuvres. Si la matière porte la trace d’un héritage, le geste lui est entièrement inventé. Pour ce projet, l’artiste a conçu ses propres outils à partir de matériaux récupérés. Développant une technique singulière, elle s’inspire des gestes des femmes qui, avant elle, tissaient, cousaient, tricotaient et réparaient, inventant ainsi des manières d’habiter le monde depuis l’espace domestique.
Travaillées avec patience, ces matières modestes se transforment en surfaces d’attention, où se déploient à la fois la force du geste inventif et la continuité des savoir-faire féminins. La démarche de l’artiste résonne avec la pensée du philosophe et sociologue Richard Sennett, pour qui fabriquer signifie entretenir un dialogue avec la matière. Dans ce geste, créer devient un apprentissage de la coopération, une manière d’écouter ce que la matière offre plutôt que de la maîtriser.
Étrangères à la terre réaffirme le soin et la lenteur comme formes de relation au monde. Attentive à la durabilité et à l’impact de chaque geste, Camille Lescarbeau fait de la création un acte de coexistence. La patience et la répétition de ses gestes nourrissent une écologie du faire, où chaque fil tissé devient le signe d’une habitation consciente du monde, fondée sur la coexistence plutôt que sur la possession.
— Texte par Annabelle Francoeur
Crédit photo : Anthony François