Soin spéculatif

Centre culturel Georges-Vanier, Montréal, 2 avril — 23 mai 2026

Commissariat par Jézabel Plamondon

Soin spéculatif présente une installation qui occupe presque tout l’espace de la salle d’exposition. Entièrement réalisée à partir de matières récupérées, l'œuvre prend la forme d’un piédestal monumental, constitué de 130 boîtes moulées en pulpe de papier.

Le rapport de pouvoir entre les objets est renversé : ici, la sculpture sert d’excuse à la fabrication de son support. Cette installation nous invite à réfléchir aux objets destinés à disparaître et aux gestes qui tentent de ralentir leur disparition.

Texte commissariale

De toute manière, il y aura toujours  une marge d’indécision.

Alors que certains objets sont créés pour vivre des vies trépidentes, les emballages connaissent leur fin, leur vie entière, dès leur conception. Ils emballent, ils protègent, puis sont jetés. Ils ne vivent que pour leur autres. Leur arrivée et leur départ dans le régime de l’utile doit se faire le plus silencieusement possible. Ils encombrent. 

Elle se retrouve avec l’envie de ralentir  et d’accélérer le deuil, de rompre le récit anticipé.

Il semble qu’il soit parfois raisonnable de refuser la disparition. Quand tout craque et peut se dissiper à tout moment, toucher ce qui est palpable devient la seule façon d’être en vie. L’envie de garder, de transformer, de donner forme,  de ne pas laisser partir s’impose comme un mécanisme de survie.

Il ne suffit pas d’aller vite pour ne pas s’ennuyer.

Les objets qui entrent dans la collection de Camille sont activés au moment où ils fendent, se déchirent. Elle les aime et donc elle les broie pour les sauver. Ils se laissent noyer. Sa pratique repose sur un déclic, un déclenchement : la chose collectionnée est soudainement prête à devenir pupe. La coquille craque. 

Elle choisit d’être attentive à ce qui patiente en elle.

Le piédestal, comme l’emballage, est au service de ce qu’il préserve. On pourrait croise que cette relation crée un rapport hiérarchique, mais sans son protecteur, le protégé perd sa valeur ; c’est le gardien qui rend ce qu’il garde précieux. En ce sens, l’objet précieux a besoin de son présentoir pour exister. Sans lui, il s’évapore.

Elle interrompt le départ prévu des objets, les protège de l’oubli avant qu’il ne soit trop tard.

Et je contemple l’idée inacceptable de ma propre fin.

Par Jézabel Plamondon

Crédit photo : Béatrice Flynn

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